Pourquoi cet été pourrait enfin être celui des Pays-Bas
Les supporters de football néerlandais ont développé une relation curieuse avec l'optimisme.
Nous y sommes naturellement attirés. Nous voyons une équipe talentueuse, quelques performances convaincantes, et soudain nous nous imaginons des défilés de serpentins à travers les canaux d'Amsterdam. Pourtant, en même temps, des décennies de quasi-réussites nous ont appris à nous méfier de notre propre enthousiasme. Nous en sommes déjà passés par là. Souvent.
C'est pourquoi, alors que la Coupe du Monde 2026 débute, je me surprends à faire quelque chose d'inhabituel : m'autoriser une petite dose de confiance. Pas une confiance aveugle. Pas une fantaisie teintée d'orange. Juste le sentiment que cette équipe néerlandaise pourrait réellement avoir quelque chose d'exceptionnel.
C'est peut-être parce que cette équipe semble moins glamour que certaines des célèbres générations néerlandaises du passé. En grandissant, les Oranje étaient souvent définis par des génies individuels. Il y avait toujours un joueur qui semblait capable de porter toute une nation sur ses épaules. Cette équipe est différente. Plus forte, peut-être, justement grâce à cela.
Quand je regarde l'équipe actuelle, je ne vois pas une collection de stars. Je vois une équipe. Virgil van Dijk n'a plus besoin d'être présenté. Frenkie de Jong reste l'un des milieux de terrain les plus intelligents du football mondial. Autour d'eux se trouve un groupe de joueurs qui ont passé des années à concourir au plus haut niveau, apprenant à gérer la pression, les attentes et la dure réalité du football de tournoi.
Car c'est ça, la particularité des Coupes du Monde. Elles sont rarement gagnées par l'équipe qui joue le plus beau football. Elles sont gagnées par les équipes qui survivent.
Une soirée pluvieuse lors d'un match à élimination directe. Un adversaire défendant à dix. Un match où rien ne semble fonctionner et pourtant vous repartez avec une victoire 1-0. Ces moments décident des tournois bien plus souvent que les moments de génie.
Pendant des années, les équipes néerlandaises ont souvent semblé trop jeunes, trop fragiles ou trop dépendantes de leur talent offensif. Cette équipe semble plus complète. Elle peut dominer la possession quand il le faut, mais elle semble aussi à l'aise pour retrousser ses manches et rendre la vie difficile à ses adversaires.
Et quand on regarde les favoris traditionnels, aucun d'entre eux ne semble invincible. La France reste remplie de talent. Le Brésil a toujours une aura que peu de nations peuvent égaler. L'Argentine ne cessera jamais de croire en elle-même. L'Angleterre, comme toujours, arrive accompagnée d'un orchestre d'attentes. Pourtant, aucun d'entre eux ne semble intouchable.
C'est peut-être ce qui rend ce tournoi si différent. Il n'y a pas de géant qui domine tout le monde. L'écart entre les meilleures nations semble plus petit que jamais.
C'est important. Parce qu'une fois que vous atteignez les quarts de finale d'une Coupe du Monde, la qualité seule est rarement suffisante. La confiance, l'élan et un peu de chance commencent à jouer des rôles de plus en plus importants. Soudain, le tournoi devient moins une question de qui est le plus fort sur le papier et plus une question de qui peut tenir bon quand la tension monte.
Les Pays-Bas l'ont déjà fait. Nous avons atteint des finales. Nous avons produit des équipes emblématiques. Nous avons offert au monde certains de ses plus beaux souvenirs footballistiques. Ce que nous n'avons jamais réussi à faire, c'est franchir cette dernière étape.
C'est peut-être pourquoi ce tournoi est si intrigant. Non pas parce que c'est la meilleure équipe néerlandaise jamais assemblée. Non pas parce que nous devrions être favoris. Mais parce que pour la première fois depuis longtemps, il semble tout à fait réaliste que dans un mois, nous puissions encore parler des Oranje.
C'est peut-être l'été où le football néerlandais écrit une fin différente.
Raoul